Quelles différences entre l'audit d’accessibilité d'une application mobile et celui d'un site web ?
À l’heure où le smartphone est devenu le premier écran des Français, l’accessibilité numérique des applications mobiles n’est plus une option de confort, mais un impératif stratégique et légal. Pourtant, une erreur persiste souvent dans l’esprit des décideurs : imaginer qu’un audit mobile n’est qu’une simple déclinaison d’un audit de site web. En réalité, entre le Web et le Natif (iOS/Android), les référentiels, les technologies d’assistance et les méthodologies de test sont bien différents.
Rappel du cadre légal : votre application mobile est-elle concernée par les obligations d’accessibilité numérique ?
L’entrée en vigueur de l’European Accessibility Act (EAA), transposé en France, a marqué un tournant important dans les derniers mois pour les entreprises éditrices d’applications mobiles. Si le secteur public était déjà sous surveillance, le secteur privé est désormais en première ligne.
Les entreprises privées concernées par les obligations d’accessibilité numérique de leurs applications mobiles
Les applications mobiles sont tout aussi concernées par les différents textes de loi relatifs à l’accessibilité numérique en cours que les sites internet. Ceci-dit, le périmètre d’application s’est considérablement élargi depuis quelques mois. À l’échelle nationale, sont visés depuis 2019 les organismes publics et organismes délégataires de service public, ainsi que entreprises dépassant 250 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel. Mais depuis le 28 juin 2025, les entreprises privées de certains secteurs clés, réalisant plus de 2 millions d’euros de chiffres d’affaires ou ayant 10 salariés et plus sont aussi concernées, cette fois au regard d’une réglementation européenne. Cela inclut les services bancaires, les services de transport, les plateformes de e-commerce et les services audiovisuels. Pour ces acteurs, l’accessibilité doit être garantie dès la conception de l’interface mobile.
Quels risques pour les applications mobiles non accessibles ?
Les sanctions sont multiples pour les entreprises concernées.
- On parle d’une sanction de 25 000 € par application mobile, renouvelable tous les six mois, pour défaut d’affichage du taux d’accessibilité.
- Les entreprises non conformes risquent des amendes pouvant aller de 7 500 euros à une astreinte de 3 000 euros par jour, ne pouvant dépasser 300 000 euros, pour une mise en conformité de leurs obligations.
Les autres risques financiers sont aussi liés aux frais juridiques qui peuvent découler de plaintes des utilisateurs. À titre d’exemple, les procès pour défaut d’accessibilité aux États-Unis se multiplient, et on parle parfois de plusieurs millions de dollars de frais engendrés à cause de ces situations pour les entreprises. En France, le recours à la justice vient à peine de commencer, mais on peut déjà voir des grands noms de l’industrie agro-alimentaire passer devant les tribunaux, notamment Carrefour, Picard, Auchan et Leclerc. Les frais d’avocats, de relations presse, de communication vont grossir à mesure que ces procès s’étalent dans le temps. Bref, se conformer à l’accessibilité, c’est avant tout prendre des dispositions pour éviter des dépenses inutiles en frais juridiques.
Comment réalise-t-on un audit d’accessibilité d'application mobile ?
Pour structurer un audit d’accessibilité, différents référentiels existent et s’adaptent en fonction du cadre juridique et technique imposé. Si le site internet dispose du RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) ou bien du RAWeb, les applications mobiles, elles, s’appuient sur le référentiel RAAM 1.1 (Référentiel d’Évaluation de l’Accessibilité des Applications Mobiles).
En effet, le RGAA n’était pas complètement adapté aux spécificités des applications mobiles.
Différences méthodologiques entre un audit RGAA de site internet et un audit RAAM d’application mobile
Le RGAA pour le web s’appuie majoritairement sur l’inspection du code source HTML et la validité de sa structure (le DOM). Il traque la validité du code, la hiérarchie des balises de titres (<h1>, <h2>) ou encore la pertinence des attributs ARIA. À l’inverse, l’audit mobile via le RAAM 1.1 se concentre sur l’Arbre d’Accessibilité généré par le système d’exploitation (iOS ou Android).
L’auditeur ne vérifie pas des balises, mais s’assure que les composants de l’interface communiquent les bonnes informations aux API d’accessibilité de l’OS. Cela inclut :
- Les Rôles : Un élément est-il identifié comme un bouton, un en-tête ou un champ de saisie ?
- Les États : L’API reçoit-elle l’information qu’une case est « cochée » ou qu’un élément est « désactivé » ?
- La Hiérarchie : La structure logique des informations est-elle préservée lors de la transmission aux lecteurs d’écran ?
Le RAAM 1.1 fait ainsi le pont entre le code de développement (Swift, Kotlin, React Native, etc.) et la restitution finale par le système, garantissant une couche d’abstraction robuste quel que soit le framework utilisé.
Le RAAM 1.1 ne se contente pas de traduire les critères du Web pour le mobile. Il est conçu pour auditer la manière dont une application dialogue avec le système d’exploitation. Là où le RGAA analyse principalement la structure sémantique d’une page HTML, le RAAM analyse les interactions réelles que l’utilisateur a avec les éléments.
Cette approche est cruciale : elle permet de vérifier que chaque interaction (un balayage, un clic, un appui long) est correctement interprétée par les services d’accessibilité natifs. Le RAAM 1.1 devient ainsi le garant d’une expérience fluide, en s’assurant que les développeurs utilisent correctement les propriétés d’accessibilité (traits, rôles et états) fournies par Apple et Google, tout en traitant des problématiques purement mobiles comme la gestion des capteurs de mouvement ou l’adaptation aux changements d’orientation de l’écran.
Exemples de critères spécifiques au RAAM 1.1 pour tester l’accessibilité des applications mobiles
La version 1.1 du RAAM est particulièrement pertinente car elle traite des problématiques spécifiques au matériel mobile. Elle introduit des critères critiques que l’on ne retrouve pas sur le web classique :
- La gestion des capteurs : Une fonctionnalité ne doit pas dépendre uniquement d’un mouvement de l’appareil (secouer pour annuler) sans alternative.
- L’orientation : L’application ne doit pas bloquer l’utilisateur en mode portrait si celui-ci a fixé son téléphone sur un support de fauteuil roulant en mode paysage.
- Les gestes complexes : Toute action effectuée par un geste multipoints ou basé sur un tracé (swipe, pinch-to-zoom) doit pouvoir être réalisée par un geste simple (clic).
Tester l’accessibilité d’une application mobile : un travail minutieux réalisé par l’auditeur expérimenté
L’audit d’une application mobile est une démarche beaucoup plus comportementale que celui d’un site internet. L’auditeur doit impérativement utiliser les technologies d’assistance natives : TalkBack sur Android et VoiceOver sur iOS. Pour certains tests, il activera également la commande vocale.
Il effectuera également des tests au clavier physique. Bien que cela puisse paraître contre-intuitif pour un appareil mobile, de nombreux utilisateurs en situation de handicap moteur utilisent des contacteurs ou des claviers Bluetooth. L’audit doit notamment garantir qu’un « focus » visuel (un cadre entourant l’élément sélectionné) parcourt l’application de manière fluide.
Les recommandations de correctif apportées par l’auditeur devront renvoyer vers la documentation spécifique du langage utilisé pour développer l’application. Contrairement aux solutions apportées pour améliorer l’accessibilité d’un site Internet, il est parfois plus difficile de proposer une solution unique pour une application mobile. Rendre une application mobile accessible est donc un travail de coordination assidue entre les développeurs, l’auditeur, les designers et les chargés de projets, afin de trouver la meilleure solution possible au problème rencontré. C’est pourquoi il est impératif de prendre en compte l’accessibilité dès la phase de conception d’une nouvelle application mobile.
Rendre son application mobile accessible : par où commencer ?
Étape 1 : réalisez un audit d’accessibilité numérique approfondi sur votre application
Pour détecter l’ensemble des erreurs qui vont impacter l’accessibilité numérique de votre application mobile, il est impératif de réaliser un audit en bonne et due forme. L’auditeur doit être en mesure de maîtriser les technologies d’assistance natives des différents systèmes d’exploitation, comme Talkbacks et Voice Over. Il doit maîtriser le référentiel RGAA 1.1 sur le bout des doigts afin de réaliser les tests correctement. En effet, certains critères nécessitent de réaliser plusieurs tests afin de les valider. Pour cela, vous pouvez évidemment vous former ou bien faire appel à des experts en audit d’applications mobiles.
Étape 2 : Rassemblez les solutions techniques en fonction du framework de développement utilisé
Il n’existe pas de solution universelle aux obstacles d’accessibilité rencontrés sur mobile : la réponse réside désormais souvent dans les composants natifs du framework de développement utilisé. Aujourd’hui, les environnements les plus récents intègrent l’accessibilité au cœur de leur logique, offrant des outils puissants pour traduire les intentions de design en informations compréhensibles par le système.
Par exemple, pour rendre une image décorative « invisible » aux lecteurs d’écran :
- Sous iOS (SwiftUI), le développeur utilisera la propriété .accessibilityHidden(true).
- Sous Android (Jetpack Compose), il renseignera contentDescription = null au sein du composant.
De même, la gestion de la hiérarchie des titres diffère selon la technologie :
- En développement natif Android, on utilise la propriété accessibilityHeading pour marquer un texte comme titre.
- Dans des frameworks cross-platform comme React Native, on passera par la propriété accessibilityRole= »header ».
Ces ressources étendues permettent de ne plus « bricoler » l’accessibilité, mais de l’intégrer nativement. Cette spécificité technique impose une coordination assidue entre l’auditeur, qui identifie l’écart de conformité, et les développeurs, qui doivent puiser dans la documentation propre à leur langage pour implémenter la correction la plus fluide possible. »
Étape 3 : Testez les correctifs ou faites réaliser un audit de contrôle sur votre application mobile
Une fois les recommandations de l’auditeur implémentées, l’étape du contrôle est cruciale pour valider la conformité réelle de l’application. Contrairement au Web, où une modification est instantanément visible, le cycle de déploiement mobile impose une rigueur supplémentaire : chaque correctif doit être testé en conditions réelles avant la soumission sur l’App Store ou le Google Play Store.
Ce contre-audit permet de vérifier qu’une correction n’a pas engendré d’effets de bord, comme une rupture dans l’ordre de tabulation au clavier ou un conflit de focus entre deux composants natifs. Pour les équipes de développement, c’est aussi l’occasion de monter en compétences en confrontant leur code aux retours d’usage des lecteurs d’écran, de la commande vocale ou de la navigation clavier.
En somme, l’audit d’une application mobile ne peut se réduire à une simple case à cocher ou à une transposition des méthodes du Web. Entre la rigueur méthodologique du RAAM 1.1 et la maîtrise des API natives d’Apple et Google, l’accessibilité mobile est une spécialité à part entière qui exige une synergie étroite entre auditeurs et développeurs.
Au-delà de la mise en conformité avec l’European Accessibility Act, entamer cette démarche est une opportunité de parfaire l’expérience utilisateur (UX) globale. Une application accessible est, par définition, une application mieux conçue, plus robuste et capable de servir tous vos clients, sans distinction.
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